Jeannine Dion-Guérin. Toutes ces nuits
Toutes ces nuits,
Je garde la mémoire de quelques vents du soir,
de ceux-là qui hésitent entre automne et hiver
parmi les ombres douces poivrées de vétiver.
Je garde la mémoire de quelque nuit d’ivoire
aux soieries retroussées d’où telle fantasmagorie
de farouche entité s’enfle du souffle des collines.
Je garde en la mémoire toute nuitée persane
aux rondes magiciennes où clochers et cyprès à la robe
alezane le poing brandi au ciel hennissent des jurons
Mais le regard de pluie de ces nuits anthracite
des nuits trans-épiderme des nuits à fleur de peau
dont le lavis d’étoiles se meurt dans un halo
qu’endeuille une nue de poussier d’où même
la lumière insolite et soufrée fait que la lune
hésite à encorner le vide
ces nuits-là qui pourra jamais les effacer de nos mémoires
Poème publié dans la revue « Présence africaine » (N° 154-1990) et dédié à LS Senghor
et dans L'Echo des nuits, Editinter, 2007.